Un touriste à 6088 mètres

Paraît qu’il faut de l’énergie pour grimper ?

Quel sportif !
Quel sportif !

Voilà une petite semaine que nous étions à La Paz, en bon sportif qui se respecte, j’avais, en plus de mon footing matinal, fait le tour des activités de la capitale la plus haute du monde : 4000 m tout de même ! Haltérophilie, course dans les escaliers après les enfants, escalade, trampoline, cigarettes, bref tout ce qui n’essouffle pas trop ! N’ayant pas de vélo pour parcourir la ville de bas (3600 m) en haut, je cherchais une activité sportive à la hauteur de mes capacités pulmonaires. C’est en levant les yeux que l’idée est venue : il domine la ville du haut de ses 6088 m, LE Huayna Potosi ! Rendez vous est pris pour le lendemain matin avec Nico, Seb et nos baskets. De bon matin, nous voilà partis à l’attaque des faubourgs puis des glaciers que nous grimpons à grands coups de piolets. Une nuit dans un refuge, une dernière ligne droite et nous voilà au-delà des 6000 m ! L’exploit sportif étant accompli, ne nous restait qu’à faire la photo souvenir et en route pour la redescente. Une course plus tard et nous voilà de retour à La Paz fêtés en héros sportif des temps modernes par femmes et enfants en liesse.

Gare à toi glacier !
Gare à toi glacier !

Une petite voix me dit que malgré mes talents de conteurs vous n’êtes que moyennement crédules. Puisque vous insistez, je vous donne une autre version, a vous de faire votre choix.

 

Entre deux bureaux de douane et trois bureaux d’immigrations (nous étions rentrés en Bolivie hors frontières donc sans papiers, que ceux qui se plaignent de l’administration française viennent faire un tour ici !) Nico, grenoblois d’origine donc forcément parapentiste et féru de montagne, propose une ascension du Huayna Potosi. Il a trouvé une agence qui propose l’excursion pour des «  marcheurs non-experts mais avertis ». Malgré mon absence de motivation ;-), la pression de Nico fut telle que j’acceptais, accompagné  de Seb, lillois donc guère plus montagnard que moi. Le programme des trois jours est le suivant : premier jour avec femmes et enfants, entrainement sur le glacier à 4800 m, deuxième jour montée au refuge d’altitude à 5100 m, le dernier jour est consacré à la montée finale. Sur le papier ça ne parait pas sorcier, ne reste plus qu’à se confronter à la réalité. Déjà, le premier jour à 4800 m, lorsqu’ils ont commencés à nous confier crampons et piolets en nous expliquant qu’il fallait maintenant grimper sur les parois verticales du glacier j’aurais dû commencer à me douter… surtout en chopant un point de coté rien qu’en attachant ces satanés crampons ! Bon d’accord, c’est beau un glacier vu d’en haut mais est ce que ça vaut le coup d’y laisser la moitié d’un poumon à chaque fois ? De retour au refuge, j’ai compris qu’en fait les montagnards et autres grimpeurs sont quand même de bons glandeurs en dehors de leurs « sprint de 100 mètres en vertical » ils ne sont bons qu’à jouer aux cartes en buvant force infusions de coca supra sucrées. Soit disant, il fait trop froid pour rester dehors à 5000 m le soir ! Et l’apéro clope, on fait comment ? Conclusion, la vie dans un refuge s’arrête après la camomille de 19h30 : tout le monde au lit. Par contre, il ne suffit pas d’être dans son duvet pour dormir. Lorsqu’une trentaine de gaillards dorment ensemble dans une seule pièce, il est statistiquement prouvé qu’il est impossible qu’aucun ne ronfle. Dans le noir à 20h, clostrophobisé par mon duvet sarcophage, sans bouquin et entouré d’une chorale de ronfleurs je vous laisse deviner la qualité d’une nuit en refuge de montagne. Détail amusant, les toilettes ont eu la bonne idée d’être à 100m à l’extérieur au bord du précipice et bien sûr sans lumière, après avoir enjambé tous ces corps essayant de dormir, faut être vraiment motivé pour avoir encore envie si on arrive à destination. Bref, dur, dur les refuges de montagnes pour un camping cariste habitué à son petit confort.

 

C'est en haut que ça se passe
C'est en haut que ça se passe

Le lendemain, départ pour le refuge d’altitude (oui, oui, vous avez bien lu, 4800m c’est un refuge de montagne pour recevoir le grade de refuge d’altitude le second sera à 5100 m) après un petit dèj’ à grands coups de crêpes, céréales, fruits, tartines, moult infusions de Coca et du sucre, et du sucre, et du sucre… Paraît qu’il faut de l’énergie pour grimper ? La montée dans un pierrier s’avèrera supportable grâce à la demi-douzaine de pauses goûters (Paraît qu’il faut de l’énergie pour grimper ?) imposées par les guides Juan-Jo et Osvaldo. A peine arrivés, on se met à table pour un diner pantagruélique (Paraît qu’il faut de l’énergie pour grimper ?). Le seul détail qui cloche, c’est l’horaire du dîner : 17h ! Première fois que je mange une truite au riz à l’heure du goûter. Mais pourquoi donc manger si tôt ? Je vous l’ai déjà dit, les montagnards se couchent avant le soleil une fois bu la trentième camomille sucrée de la journée. Mais alors, pourquoi se coucher si tôt (18h cette fois-ci) ? Lorsque j’ai benoîtement posée la question, la réponse toute naturelle fût : « ben parce que demain on commence l’ascension à 1h du mat’ !! ». Ils sont peut-être sympathiques ces montagnards mais qu’on ne vienne pas me dire qu’ils sont normaux. La nuit, vous reprenez les mêmes paramètres que pour la nuit d’avant mais en se couchant encore plus tôt dans un endroit encore plus petit…

Un  p’tit dèj’ à minuit ( !?!) dont vous devinez le volume (Paraît qu’il faut de l’énergie pour grimper ?). C’est donc de (très) bon matin que nous enfilons nos crampons par un petit -10° pour attaquer le glacier. Avec nos frontales, chaque cordée forme une petite guirlande lumineuse dans la nuit (oh la, je deviens pouët, la montagne, ça vous gagne). Au rythme d’une maison de retraite en excursion, nous voilà cheminant en pleine nuit au milieu de crevasses et autres gentillesses du glacier. Nous grimpons énergiquement à grandes enjambées de douze centimètres et demi. Ni le cœur, ni les muscles et surtout pas les poumons ne peuvent faire plus. Dans les cordées, on se croirait un jour de premier de l’an, tout le monde prend des bonnes résolutions. C’est sûr, plus un de nous ne refumera, tout le monde fera son footing quotidien… Ma résolution diffère un tout petit peu par son originalité : en rentrant, c’est sûr je fais changer ces satanées incisives sur pivot qui sont plus attachées à une barre de chocolat (congelée par l’altitude) qu’à mes gencives. Elles voulaient sûrement elles aussi profiter de la vue ! Ces dentistes, jamais disponible quand on a besoin d’eux.

Jusqu’à la cinquième collation de 6h30 (Paraît qu’il faut de l’énergie pour grimper ?) tout se passe plutôt bien, le jour se lève, nous venons de passer le cap des 6000 m, il nous reste moins de 100 mètres : bagatelle ! Oui, enfin presque, car au détour d’une arête rocheuse, nous voilà face à mur de glace. Je trouve sans difficultés les crampons et le piolet par contre, impossible de mettre la main sur mes poumons, mes jambes se sont fait la malle et mon cœur danse la gigue de la trouille. Tout blême et si près du but, il ne reste plus qu’une solution : invoquer mes quelques proches montagnards et penser à quel point je pourrai leur faire la nique si j’y arrive. J’invoque à tour de rôle Pascal et Lolo, ce coup de crampons est pour la monomaniaque, ce coup de piolet est pour mon ainé. C’est ainsi qu’à coups de frère et de cousine j’arrive au sommet du mur. Je me voyais déjà en héros de la prochaine réunion de famille lorsque je découvre que les 6088 m ne sont pas encore sous mes crampons puisqu’il me reste à parcourir une « crête sommitale » d’une centaine de mètres de long proposant de tous cotés un joli panorama vertical d’environ 1000 à 1500 m de vide ! A tous mes petits soucis, viennent s’ajouter le vertige (étrange, non ?). Qui vais-je donc pouvoir invoquer pour passer cet ultime obstacle ? Bon sang, mais c’est bien sûr, mon nouveau ? futur ? neveu : je serai son idole si j’y arrive. C’est donc la tête pour le plus jeune des Réjou et les jambes de Jeanne Calmant que je rampe jusqu’au sommet. J’y suis !! Glorieux comme un pet, mais j’y suis ! Pour preuve de ma vaillance, je vous conseille mon « interview » au sommet dans la seconde vidéo (5 min. 45).

Je vous laisse, je vais dormir comme d’habitude depuis 15 jours pour essayer de récupérer.

 

Des photos, des photos...

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Des vidéos, des vidéos...

Le deuxième jour préparation et entrainement.

Le troisième jour : la montée finale !

Commentaires: 11 (Discussion fermée)
  • #1

    méla (dimanche, 02 mai 2010 12:12)

    ouaaaahhh, impressionnant. bravo. je ne sias pas si mon sac a dos remontera à 6000m.

  • #2

    sylvie (dimanche, 02 mai 2010 14:36)

    coucou les petits rejouxxxxxxxxx,

    Bravo Bertrand, félicitations, je suis mais
    fan, très très fan!!!! Fan du récit aussi
    j'ai bien ri!
    gros bisous ma petite Emilie(super ton
    bronzage), ben oui je suis toujours aussi
    superficielle...

  • #3

    Laurent (dimanche, 02 mai 2010 15:31)

    L'aventure, les photos et le récit valaient bien les invocations familiales et la perte temporaire de quelques organes!!!!! Bravo! Magnifique.

    Laurent

  • #4

    Liliane (dimanche, 02 mai 2010 18:12)

    Epoustouflant ! Bravo Bertrand pour l'exploit, à voir les photos il y a longtemps que mes jambes ne m'auraient plus portée.
    Voyage et photos toujours aussi passionnants
    Bises à tous les 4

  • #5

    Laurence (dimanche, 02 mai 2010 20:48)

    bravo cousin!!!! et contente que l'invocation de mes obsessions verticales aient pu servir de moteur! Par contre, désolée de t'apprendre que le titre de cousine Boyé la plus haute revient à Nathalie, qui a fait quelques centaines de mêtres de plus que toi ... mais elle a triché, elle ne fume pas! et je t'apprends aussi que mes névroses actuelles sont plus aquatiques que montagnardes, étant à partir de dorénavant plus ou moins autopromue championne de Suisse de raft (faute d'autres équipes féminine, certes)

  • #6

    Francine (dimanche, 02 mai 2010 22:06)

    Bravo mon fils !
    Et aussi pour l'auto-dérision !
    Pas d'hyperglycémie ?

  • #7

    graziella (lundi, 03 mai 2010 19:57)

    les aventures d'emilie et famille continuent ....
    toujours extraordinaire
    bisous à vous graziella et daniel

  • #8

    pat (lundi, 03 mai 2010 21:29)

    superbe ascension et bravo pour le récit et les photos vu du haut! tu vas devenir un accro du sport extrême..GROSSES BISES A VS 4

  • #9

    Paco y Nello (samedi, 08 mai 2010 15:57)

    Vraiment impressionnant la vidéo !
    J'ai bien raconté l'aventure au nouveau petit Réjou (Paul, 10 jours !)... c'est bien simple : il en est resté totalement bouche bée !...

  • #10

    BONNEAU LIMOGES (dimanche, 09 mai 2010 18:22)

    Photos toujours superbes. Vous avez toutes les chances d'avoir du beau temps en juin en France, car l'hiver est "presque" fini, avec le printemps, la végétation est "luxuriante".
    Cordialement. Madeleine

  • #11

    Sandra (jeudi, 13 mai 2010 12:38)

    Quelle ascension Bertrand, c'est impressionnant !!
    Bisous à toute la famille....
    Hâte de vous retrouver
    Sandra